Lorsque Quinn Maybrook débarque avec son père à Kettle Springs, petite bourgade du Missouri entourée de champs de maïs, elle s’attend à passer une année morne et tranquille en attendant d’entrer à l’université. Très vite, elle fait la connaissance de Cole, Janet, Ronnie, Ginger et Matt, une bande de rebelles de son âge auxquels elle ne tarde pas à se lier d’amitié. Malheureusement, les côtoyer de trop près risque de la mettre en grand danger, surtout quand un clown revanchard commence à se promener dans la toute petite ville.
Un clown dans un champ de maïs est un slasher. Pour ce qui ne le savent pas, il s’agit d’un genre horrifique qui voit, le plus souvent, un groupe d’adolescents ou jeunes adultes, se faire décimer par un boogeyman (un méchant). Halloween (un tueur à la force considérable, Michael Myers, assassine des baby sitters le soir d’Halloween), Vendredi 13 (les moniteurs d’un camp d’été sont assassinés les uns après les autres), Chucky (une poupée possédée par l’esprit d’un psychopathe sème la panique), Les griffes de la nuit (un tueur revient d’entre les morts et assassine des adolescents dans leurs rêves), Détour mortel, Massacre à la tronçonneuse (une famille de « rednecks » kidnappe des gens pour les manger), Hatchet (un psychopathe assassine des gens dans les bayous de Louisiane), Terrifier (un horrible clown blanc s’en prend aux malheureux qui croisent son chemin) et Scream (une petite ville doit faire face à un tueur en série) en sont les exemples les plus connus. L’auteur joue sans vergogne avec les codes de ce genre horrifique parmi lesquels on retrouve en partie :
- Il se passe un élément marquant au tout début de l’histoire que l’on pense déconnecté du reste
- Une jeune personne au passé trouble débarque dans une petite ville
- Elle vit ou se rend dans une maison isolée (parfois bâtie sur un cimetière indien, parfois hantée)
- La ville dans laquelle vit la jeune personne a une histoire ou un autre élément creepy. Ici, c’est Frendo le clown, la mascotte d’une usine fabriquant du sirop de maïs et qui était le fleuron de l’économie locale.
- La jeune personne se retrouve au milieu de gens étranges dont un bad boy ou (plus rarement) une bad girl
- Parfois, la jeune personne se retrouve confrontée à des personnes bizarres ou des « rednecks »
- Une fête est organisée et les jeunes boivent, fument et font d’autres choses amusantes.
- Un ou des meurtriers débarquent et s’en prennent à la jeune personne et à son groupe d’amis qui sont souvent caricaturaux et qui servent de chair à canon. En général, il y a un certain nombre de morts (de préférence imaginatives), ce qu’on appelle le bodycount. On se pose alors la question de qui est le méchant ( dans les slashers, on appelle ça le « whodunit »)
- Vers la fin de l’opus, on a souvent le droit à un coup de théâtre ou « twist final ». Par exemple, on découvre l’identité des meurtriers (qui souvent se trouvent dans l’entourage des victimes ou sont des personnages qu’on ne soupçonnait pas du tout.)
- La jeune personnes est blessée, traumatisée et voit plusieurs de ses amis mourir (des fois, même le bad boy se fait tuer) et finit par devenir la « final girl ». Cela signifie qu’elle est la dernière à pouvoir à tuer le méchant.
Dès le tout début du roman, on sent qu’Adam Cesare connaît ce genre de films ou de littérature qu’il apprécie particulièrement. Moi également, vous l’aurez deviné… Très vite, on se rend compte que l’auteur exploite les codes pour les détourner ou les améliorer.
Attention, ce qui suit contient des spoilers.
Les amis de Quinn ne sont pas dénués de personnalité. Bien que quelque peu caricaturaux (juste ce qu’il faut), ils sont assez attachants (même si on donnerait quelques baffes à certains) et on se préoccupe de leur sort.
Si l’histoire commence comme un slasher, elle prend tout à coup un tournant assez inattendu et prend des allures de Hot Fuzz (un film horrifique anglais qui se déroule dans un village trop tranquille) qu’aurait pu mettre en scène un Quentin Tarentino survitaminé. Au bout du compte, ce n’est pas un clown, mais une armée de clown qui se lance dans un croisade meurtrière contre les adolescents tranquillement en train de faire la fête. Au fur et à mesure, on se rend compte que les meurtriers sont les adultes de la ville qui n’en peuvent plus des frasques de leur progéniture. Les scènes de massacre assez violentes empruntent à Détour mortel (arbalète), Shinning (hache), Massacre à la tronçonneuse ou Evil dead (tronçonneuse) et même Basic instinct (pic à glace). Les morts sont riches en hémoglobine et assez grand-guignolesque. On rit plusieurs fois tout en se faisant du soucis pour les personnages principaux.
D’ailleurs, à la fin de l’ouvrage, il ne reste pas qu’une final girl, mais trois personnes dont un couple de deux jeunes gens (dont le bad boy fait partie) qui n’osaient pas avouer leur homosexualité à leur entourage. Tous les deux forment le dernier couple qui survit, ce que je trouve très innovant et bienvenu.
Au delà de son côté caricatural et exagéré, un clown dans un champ de maïs parle d’une Amérique dans laquelle se côtoient des personnes cramponnées à leurs traditions (par extension les conservateurs républicains) qui n’arrivent pas à composer avec des personnes cherchant à faire évoluer la société en la rendant plus libérale et tolérante (les démocrates). Le roman arrive à point nommé lorsque l’on sait que certains états rétrogrades interdisent l’avortement et luttent contre l’homosexualité avec des lois intolérantes autant qu’odieuses.
Dans le livre d’Adam Cesare, les « adultes » n’ont aucun scrupule à sacrifier la jeune génération (donc pour certains leurs enfants) pour lui permettre de retrouver son prestige d’antan.
On retrouve ce cas de figure dans Détour mortel dans lequel des cannibales consanguins chassent des promeneurs ou The hunt qui raconte une partie de chasse avec des cibles humaines. Ce thème dépasse les frontières car se retrouve au Royaume-Uni avec Hot Fuzz dans lequel un groupe de personnes, croyant agir pour le « bien de tous », assassinent sans vergogne toutes les personnes qui dénotent dont un groupe d’adolescents. La Pologne avec « Nobody sleeps in the wood tonight » présente aussi ce sujet. En effet, deux jumeaux mutants (à l’image de jumeaux réels dirigeant le pays d’une main de fer à une époque) assassinent des jeunes gens partis camper et s’adonner à des passes-temps plus ou moins licites.
L’auteur parle également du port d’arme aux États-Unis. Dans le roman, les adultes les emploient sans vergogne ni aucune parcimonie. Un seul adolescent, Rust, se promène avec des armes. Cependant, il est au courant de leur dangerosité et les manie avec précaution. À un moment donné, Quinn, totalement contre les armes doit se servir d’un fusil. L’auteur en profite pour parler du fait que de se sentir protégé avec des revolvers ou des fusils peut-être tentant voire même grisant. Cependant, il met en avant que de s’en servir représente des risques considérables devant être pris en compte. Quinn, qui manque tirer sur son père laisse tomber son fusil et se promet de ne plus s’en servir. Peut-être l’auteur espère-t-il la même prise de conscience dans son pays.
Comme vous avez pu vous en rendre compte en me lisant, j’ai adoré ce livre. Je comprends totalement qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais il peut servir de point de départ aux personnes souhaitant découvrir des slashers. Et, cerise sur le gâteau, les producteurs ont acheté les droits pour adapter le livre au cinéma !
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